Observatoire des abeilles exotiques

Observatoire des abeilles exotiques de France métropolitaine

Megachile sculpturalis Smith 1853 est la première espèce d’abeille exotique à avoir été détectée en France, et plus globalement en Europe. Originaire d’Asie, elle a été observée pour la première fois près de Marseille en 2008 et s’est ensuite rapidement répandue dans plusieurs pays européens.

En 2011, une seconde espèce asiatique du genre Megachile, M. disjunctiformis Cockerell 1911, a été observée en Italie et n’a jusqu’à présent pas été signalée dans d’autres pays.

L’observatoire des abeilles exotiques de France métropolitaine a pour objectif le suivi de la distribution de M. sculpturalis et des espèces d’abeilles exotiques de façon générale, dans le cas où d’autres espèces telles que M. disjunctiformis venaient à y être présentes
(comment reconnaître M. sculpturalis ou M. disjunctiformis ?).

Megachile sculpturalis, une espèce asiatique présente en France depuis 2008

M. sculpturalis est une abeille solitaire de la famille des Megachilidae. Son aire d’origine s’étend sur plusieurs pays de l’est de l’Asie (Chine, Japon et péninsule coréenne). Elle est aujourd’hui présente en tant qu’espèce exotique aux États-Unis (détectée pour la première fois en 1994), au Canada (depuis 2002) et dans plusieurs pays européens. Elle y a été observée pour la première fois en 2008 à Allauch près de Marseille (Vereecken & Barbier 2009) puis en Italie en 2009, en Suisse en 2010, en Allemagne et Hongrie en 2015, en Slovénie en 2016, en Autriche en 2017, en Espagne et en Ukraine en 2018, et au Liechtenstein en 2019. L’étude de Lanner et al. parue en juillet 2020 étudie son expansion rapide en Autriche, au Liechtenstein et en Suisse.

Comme toutes les abeilles, M. sculpturalis se nourrit de pollen (source de protéines) et de nectar (source de sucres). En France, entre 2008 et 2016, elle a été observée sur 20 espèces de plantes, exotiques (des genres Buddleia ou Perovskia par exemple) ou locales (lavandes par exemple) (Le Féon et al. 2018). Faute d’analyses polliniques en nombre suffisant, les connaissances manquent encore concernant les plantes utilisées pour la récolte du pollen. Des études ponctuelles ont montré que le sophora (Sophora japonica, arbre ornemental originaire d’Asie) et les troènes (genre Ligustrum, dont plusieurs espèces sont originaires d’Asie) sont utilisés mais il est incertain à ce jour qu’il s’agit des seules plantes visitées pour la récolte de pollen en Europe.

Femelle de Megachile sculpturalis sur une fleur de Sophora japonica. La brosse ventrale est recouverte de pollen (photo : Danièle Tixier-Inrep)

Tandis que la majorité des abeilles nidifient dans le sol, M. sculpturalis fait partie des espèces qui installent leur nid dans des cavités préexistantes. Elle utilise les trous dans le bois mort ou dans les vieux arbres et les tiges creuses de bambous ou de canne de Provence. Les cellules larvaires sont construites en résine de conifères ou d’érable par exemple, d’où son nom anglais de « Giant Resin Bee ». Les parois du nid, autour des cellules en résine, comportent de petites quantités de terre. Le bouchon terminal (qui sépare le nid de l’extérieur) est constitué de terre et parfois garni de débris divers, tels que des petits morceaux de bois, de paille, de coton ou des pétales de fleurs. Les « hôtels à abeilles » constituent des lieux favorables à leur nidification (Geslin et al. 2020) et, de ce fait, à leur implantation en un endroit donné.

Tubes de bambous sectionnés pour observer la nidification de Megachile sculpturalis. Plusieurs cellules larvaires sont visibles, contenant une réserve de pollen et, parfois, une larve. Les cellules sont séparées les unes des autres par de la résine. Le bouchon terminal est constituée de terre et de pétales de fleurs, dans le bambou du haut (photo : Daniel Mathieu)

Femelle de Megachile sculpturalis récoltant de la résine pour confectionner ses cellules larvaires (photo : Jean Croisel)

En France, entre 2008 et 2020, M. sculpturalis a été observée dans 127 communes réparties dans 36 départements (état de nos connaissances au 21 juin 2020). Elle est principalement présente dans le Sud-Est mais poursuit son expansion vers le nord et l’ouest du pays. Les observations ont lieu entre début juin et début septembre et concernent souvent des individus isolés mais aussi parfois des sites de nidification regroupant plusieurs dizaines d’individus, notamment dans des vieux arbres.

Année de détection de Megachile sculpturalis dans les départements de France métropolitaine. Observée pour la première fois près de Marseille en 2008, elle est aujourd’hui connue dans près de 130 communes réparties dans 36 départements (carte : Violette Le Féon, d’après un fond de carte réalisé par Arnaud Le Nevé ; état des connaissances au 21 juin 2020)

Nous manquons de recul aujourd’hui pour évaluer les impacts associés à la présence de M. sculpturalis hors de son aire d’origine. Les premières observations de terrain, en Amérique du Nord et en Europe, incitent cependant à porter une attention particulière à la compétition possible pour les sites de nidification entre M. sculpturalis et les espèces d’abeilles indigènes.

Si certains types de substrat sont en quantité limitée dans certains environnements, un phénomène de compétition peut subvenir. Par exemple, l’occupation par M. sculpturalis de cavités préalablement creusées par des xylocopes peut-elle affecter à plus ou moins long terme les populations de ces derniers ? Par ailleurs, M. sculpturalis peut également avoir un impact direct sur la mortalité d’autres insectes (par exemples certaines espèces d’osmies) en vidant parfois les nids et les larves qui s’y trouvent pour y pondre ses oeufs. Il est difficile d’estimer la fréquence de ce type d’événements et ses conséquences pour les populations d’insectes concernés. En Europe, certaines espèces d’abeilles des genres Anthidium, Lithurgus, Osmia, Xylocopa ou encore Megachile lagopoda sont susceptibles d’être négativement affectées par la compétition pour les sites de nidification ou l’usurpation de nids, dans des situations de populations fragiles ou de sites de nidification en nombre limité (Le Féon & Geslin 2018).

Appel à données

Pour suivre de la façon la plus précise possible la distribution géographique de M. sculpturalis en France, approfondir les connaissances sur son écologie et mieux évaluer ses impacts sur la faune et la flore locales, nous vous invitons à nous communiquer vos données. L’idéal est de prendre des photos et de noter le maximum d’informations (date, lieu (au minimum le département et la commune), nombre et sexe des spécimens, comportement, plantes visitées, substrats utilisés pour la nidification, interactions éventuelles avec d’autres abeilles).

Megachile disjunctiformis, une espèce à surveiller

Megachile disjunctiformis, originaire de l’est de l’Asie, a été ponctuellement observée dans l’agglomération de Bologne dans le nord de l’Italie : 5 spécimens entre 2011 et 2017 (Bortolotti et al. 2018) puis de nouveau plusieurs spécimens en 2018, 2019 et 2020 (Franziska Luthi, communication personnelle). La présence de cette espèce est à surveiller en France, notamment dans les régions limitrophes de l’Italie.

Contacts : Violette Le Féon (écologue indépendante) et Benoît Geslin (Maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille)

Adresse email : exotiques@oabeilles.net

Références

BORTOLOTTI L, LUTHI F, FLAMINIO S, BOGO G, SGOLASTRA F, 2018. First record of the Asiatic bee Megachile disjunctiformis in Europe. Bulletin of Insectology 71 : 143 – 149.

GESLIN B, GACHET S, DESCHAMPS-COTTIN M, FLACHER F, IGNACE B, KNOPLOCH C, MEINERI E, ROBLES C, ROPARS L, SCHURR L & LE FÉON V, 2020. Bee hotels host a high abundance of exotic bees in an urban context. Acta Oecologica 105 : 103556.

LANNER J, HUCHLER K, PACHINGER B, SEDIVY C & MEIMBERG H, 2020. Dispersal patterns of an introduced wild bee, Megachile sculpturalis Smith, 1853 (Hymenoptera: Megachilidae) in European alpine countries. PLoS ONE 15(7) : e0236042.

LE FÉON V, AUBERT M, GENOUD D, ANDRIEU-PONEL V, WESTRICH P & GESLIN B, 2018. Range expansion of the Asian native giant resin bee Megachile sculpturalis (Hymenoptera, Apoidea, Megachilidae) in France. Ecology and Evolution 8 : 1534 – 1542.

LE FÉON V & GESLIN B, 2018. Écologie et distribution de l’abeille originaire d’Asie Megachile sculpturalis Smith 1853 (Apoidea, Megachilidae, Megachilini) : un état des connaissances dix ans après sa première observation en Europe. Osmia 7 : 31 – 39.

VEREECKEN NJ & BARBIER E, 2009. Premières données sur la présence de l’abeille asiatique Megachile (Callomegachile) sculpturalis Smith (Hymenoptera, Megachilidae) en Europe. Osmia 3 : 4 – 6.

Remerciements

Nous remercions vivement toutes les personnes qui nous communiquent leurs observations depuis plusieurs années. Merci également à Matthieu Aubert, David Genoud et Bertrand Schatz pour leur aide dans la mise en place de cet observatoire et aux photographes qui ont autorisé l’utilisation de leurs images. La donnée d’observation de M. sculpturalis dans le Tarn en 2019 provient du portail naturaliste Faune-France. Merci à Franziska Luthi pour les informations actualisées sur M. disjunctiformis.

Cet observatoire est financé par le GDR Pollinéco (POLLINisation, réseaux d’interaction et fonctionnalité des ÉCOsystèmes).

 


 


Comment reconnaître Megachile sculpturalis ?

L’identification des abeilles (environ 20000 espèces dans le monde et 1000 espèces en France) requiert dans la majorité des cas une grande expertise (collecte des individus, identification avec des clés d’identification rarement disponibles en français, comparaison avec des collections de référence). Sous réserve de quelques précautions de rigueur (d’autres abeilles, des andrènes notamment, présentent une coloration semblable), M. sculpturalisest assez facilement identifiable et se distingue facilement des autres espèces d’abeilles de France métropolitaine

C’est une abeille de grande taille (environ 2 à 2,5 cm de long pour les femelles et 1,5 à 2 cm pour les mâles). Les individus des deux sexes ont des ailes fumées, un thorax recouvert de poils roux et un abdomen noir. Comme chez les autres espèces de la famille des Megachilidae, les femelles possèdent une brosse de poils sous l’abdomen pour la récolte du pollen. Outre l’absence de cette brosse de poils, les mâles se reconnaissent à la frange de poils clairs sur le devant de la tête.

 

Deux femelles de Megachile sculpturalis sur un site de nidification (photo : Daniel Mathieu)

Mâle de Megachile sculpturalis sur une inflorescence de Scabiosa columbaria (photo : David Genoud)


 

Comment reconnaître Megachile disjunctiformis ?

Le mâle et la femelle ont les ailes fumées et le corps noir avec une pilosité blanche à l’arrière du thorax et à la base de l’abdomen. Les mâles (10 mm environ de long) sont plus petits que les femelles (18 mm de long au maximum). La brosse ventrale de la femelle est bicolore, composée de poils blanc crème sur la première moitié et de poils noirs sur la seconde. Comme chez M. sculpturalis, les mâles se reconnaissent à la frange de poils clairs sur le devant la tête.

Une femelle de Megachile disjunctiformis (photo : Franziska Luthi)

Une femelle de Megachile disjunctiformis sur une inflorescence de Lavande (photo : Franziska Luthi)

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